Trans 2016 : découvrir au coeur de l'hiver

affiche transmusicales rennes 2017

Pour clôturer l'année de festivals, le rendez-vous immanquable se passe à Rennes pour les Transmusicales. L’événement rennais est réputé dans toute la France et même à l'étranger. Venir auX Trans c'est se donner un avant goût de ce qui va cartonner un ou deux ans après. Parmi les artistes les plus célèbres qui ont émergés après un passage aux Trans, on nomme souvent Ben Harper, Noir Désir, Nirvana, Bjork, etc mais il y a eu également plus récemment Superpoze, Fakear, Jungle by Night...

Etant donné la très riche programmation, je vais faire un retour sur les groupes que j'ai particulièrement apprécié et que j'espère revoir très vite.

Jeudi

Après la prestation un peu fade d'Anna Meredith, je rejoignais le hall 3 pour assister au concert de Rejjie Snow. Le rappeur n'a pas un flow déferlant mais plutôt percutant. Chaque syllabe est appuyée pour montrer la puissance des mots. Dans une ambiance musicale groovy/jazzy où un batteur donne le rythme en live, l'irlandais enchaîne les morceaux et fait participer un public réceptif. Les bras s'agitent de haut en bas ou de droite à gauche. Le public est accroché. Un set percutant mais qui manque un peu de rythme par moment.

Je filais ensuite hall 8 pour aller voir la tête d'affiche du festival qui est déjà venu en 2007. Il s'agit de Yuksek qui revient cette année sur scène avec un nouveau projet. Sur les mix house du DJ viennent s'ajouter des sons de percussion, guitare et clavier très pop. C'est très travaillé, très précis et l'harmonie entre chaque instrument est parfaite. Sur scène de nombreux invités sont également de la partie comme Monika qui par sa voix donne une approche plus funk. Le groupe Her entre sur scène également mais la voix soul des rennais manque - pour moi - de puissance pour avoir un réel impact. Yuksek termine son concert par les morceaux house/techno qui l'ont fait connaître. On change alors de registre pour finir sur une note explosive comme avec le morceau «Tonight» qui contente les fans de la première heure. Yuksek avec ce nouveau show casse les frontières entre la pop,le rock, la soul, le funk et parfois même le disco. Il garde tout de même un accent house efficace qui sert de fil conducteur.

La première soirée se termine par Marta Ren & The Groovelvets. Dès les premières notes, une ambiance étasunienne s'impose dans le Hall 3. Marta est pourtant portugaise mais elle a tout des soul women des années 60. Les cuivres sont efficaces pour nous faire danser et la voix puissante de la chanteuse saisissante. Les déhanchés de l’interprète donnent le rythme. Tout son corps est en mouvement pour venir appuyer les mélodies funk/soul. Marta est a la fois sensuelle et charismatique autant dans ses danses que dans sa voix. Un concert qui donne le sourire et qui fait bouger un public jeune sur des mélodies dont les origines remontent de 50 ans.

Vendredi

Si la soul de Marta Ren & The Groovelvets. m'a conquis la veille, celle de Con Brio sera tout aussi efficace le vendredi. Le septuor nord américain n'a pas traversé l'atlantique pour faire du tourisme mais pour nous proposer un énorme concert. Peut-être le meilleur de ces trois jours. Les cuivres sont aussi déferlants que le déhanché du chanteur. Je regrette de ne pas savoir bouger mes hanches mais ce n'est pas grave, mes pieds font de leur mieux pour suivre le rythme énergique imposé par le groupe. Le public est captivé et n’hésite pas à taper dans les mains sur les rythmes proposés par le chanteur. Si au début, nous n'étions que peu nombreux, à la fin du concert, le hall 9 était quasiment complet. Des vents, du clavier, de la basse, des percussions, une guitare et une voix puissante, la formation est complète et en harmonie parfaite. Pour cette édition, les trans nous montrent que la soul et le funk sont bien de retour.

Autre style sous le hall 9 mais toujours aussi costaud, c'est au tour du duo multi-récompensé au DMC DJ Fly & DJ Netik. On comprendra vite que ces récompenses ne sont pas volées, loin de là. Ils ont trouvé un compromis parfait puisqu'ils scratchent à une vitesse hallucinante mais arrivent à garder des mélodies percutantes. Les deux Djs s'échangent leurs platines tout en gardant un rythme soutenu, une maîtrise impressionnante. Le remix de « Jump around » de House of Pain énerve un public déjà bien chaud. Quand on prend de la hauteur dans les gradins, on peut voir que la synchronisation de DJ Fly et de DJ Netik est parfaite. Le duo est devenu une valeur sûre de la scène électro française et quand on dit que les Trans ont le nez fin, c'est preuve à l'appui puisque le premier passage de DJ Netik dans le festival breton était en 1999.

Dans le Hall 3 à 1h10, un autre duo fait son apparition. Sur scène, entre une des révélations de ces Trans 2016 : Nova Twins. Malheureusement, le concert ne dure que 40 minutes et j'arrive en cours. De plus, il me faut attendre à l'entrée puisque le public est très nombreux et survolté à l'intérieur. Les 10 minutes que je vois sont tout de même très convaincantes. Le style des presque jumelles est inqualifiable puisque c'est un mélange de rock et de rap. Une est à la guitare et l'autre à la basse avec derrière un batteur pour donner le rythme. C'est parfois brutal mais comme du punk ou du garage c'est efficace et ravageur puisque bien fait. Le samedi, le groupe était en direct hall 5 sur France Culture. Les deux morceaux ré-interprétés pour la radio n'ont fait que confirmer le talent aperçu la veille. Pas de doute on n'a pas fini de voir les britanniques de Nova Twins dans les années à venir.

La fin de soirée approche et c'est dans la Green Room que je prends une nouvelle claque avec sur scène le canado-chilien Das Mörtal. Puissant, énergique, sombre parfois et coloré à d'autres moments, le set est complet et redoutable. Je suis resté au moins une heure et durant ce moment, je n'ai pas eu une minute de repos. De l'énergie il en fallait pour suivre le rythme ravageur des mix proposés par Das Mörtal. Derrière son allure juvénile, on peut déjà apercevoir une sacrée maîtrise et s'il continue sur sa lancée, on risque de revoir ce jeune DJ très vite dans les grands festivals électro.

Je n'ai malheureusement vu que la fin de Leska mais l'installation lumineuse et les morceaux énergiques des deux beatmakers rennais m'ont semblé d'un très bon niveau. J'espère les revoir vite pour m'en faire une idée plus précise.

Pour clôturer ma soirée j'assiste au show de Møme. Le niçois qui cumule 18 millions de vues sur Youtube pour son titre « Aloha » assure un bon live puisque ses mélodies pop/house ainsi que sa belle scénographie ne mettront pas de temps à conquérir les corps des derniers festivaliers présents. Pour ma part, le set de Das Mörtal a usé mes dernières forces et je n'arrive pas à suivre le rythme. C'est donc une immense frustration de ne pas pouvoir apprécier à sa juste valeur ce concert pourtant d'une qualité certaine. Ça sera sans doute pour une prochaine fois car Møme risque d'être programmé dans de nombreux festivals cet été. Vous pourrez le voir ou le revoir notamment au festival Panoramas. (Panorama est également le nom du premier album de Møme).

Samedi

Après un vendredi soir riche en découverte, j'en attends autant du samedi. Il me faudra tout de même attendre 22h30 et l'arrivée de Lucky Chops pour entrer réellement dans la soirée. Encore une fois les cuivres sont à l'honneur dans le festival puisque du tuba à la trompette en passant par divers saxophones, un vrai attirail à swing est présent sur scène. Les rythmes ska/funk qui en sorte échauffent vite le public qui arrive en masse au parc expo. C'est énergique mais un peu moins efficace et innovant que Con Brio présent la veille dans le même style. Cela dit, les étasuniens qui ont de nombreuses fois joué dans le métro new-yorkais savent faire bouger le public avec des sonorités joyeuses et colorées.

Dans le Hall 9, un autre visage que nous n'avons pas fini de voir entre en scène en la personne d'Ann Clue. J'avais déjà vu la productrice allemande - amie de Boris Brejcha - au festival Scopitone et tout comme en septembre, le show proposé est plein de bonne humeur et de puissance. Certes au premier abord, les morceaux paraissent simples mais ils sont tout de même tranchants et saisissants.

Dans la foulée d'Ann Clue c'est l'une des têtes d'affiche qui prend place à savoir Comah. Le DJ toulousain a en effet vu sa réputation monter fortement tout au long de l'année 2015 et il est très attendu aux Trans. Pour ma part, c'est une énorme déception. J'ai trouvé son set simple, fade, sans musicalité. Il envoie des sons qui cognent dur mais c'est redondant et le DJ n'a pas trouvé d' univers sonore spécifique pour nous accrocher.

Je m'offre un changement d'ambiance totale ensuite puisque Hall 3, Sauropod envoie du punk/rock bien violent. Les norvégiens ne font pas dans la dentelle avec leur guitare saturée, leur batteur révolté et une bassiste pleine de charme et de charisme. Ils arrivent à m'accrocher à leurs morceaux survoltés mais travaillés. Une touche nordique dans la voix et la musicalité leur donne un attrait particulier. Le public est peu nombreux mais ça remue de tous les cotés. Les passionnés de rock sont bien présents et devant on peut même voir des pogos se former. Du punk, du vrai comme on n'en voit que très rarement désormais.

Ma dernière claque du week-end je l'a prends avec Meute. Le collectif allemand fait de la musique électronique mais instrumentale. On est transcendé par des sons house/techno mais qui sortent d'instruments à vent. On retrouve ici un peu l'idée de Jungle by Night pour ceux qui ont eu la chance de voir le groupe hollandais. Le public ne s'y trompe pas puisque le Hall 8 est quasiment complet pendant la représentation.

Je ne pouvais pas terminer cet article sans citer deux groupes déjantés et donc loin d'être inintéressants pour peu qu'on aime être surpris. Le premier c'est Cabo san Roque. Composé par deux espagnols, le duo joue sur les rythmes mécaniques proposés par de vieilles machineries récupérées à droite à gauche (machine à écrire, ressorts...) sur lesquelles ils apportent quelques notes de guitare et clavier. Futuriste et rétrograde à la fois, j'ai apprécié ce live hors du commun. Autre groupe déroutant, Reykjavikurdaetur. Les rappeuses féministes islandaises ont choisi la provoc pour transmettre leur message et ça marche. Sur scène, elles sont une dizaine à rapper et se déhancher sur des beats électroniques minimaux. C'est plutôt déconcertant et c'est donc unique.

Après trois jours de découverte, il fallait se rendre à l'évidence, c'était déjà fini. Même si je n'ai pas été totalement renversé par une prestation plus qu'une autre, c'était encore une édition riche en découvertes avec notamment Marta Ren, Con Brio, Nova Twins, Das Mortäl ou encore Meute. Une chose est sûre le rendez-vous est pris pour l'édition 2017.

Par Florent le 14/10/2017

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