Transmusicales 2017 : Au coeur d'un labo sonore

Trans

L’hiver est une période difficile à passer pour n’importe quel festivalier. C’est pourquoi nous allons faire un tour chaque année à Rennes pour les Transmusicales. On se prend alors une grosse dose de découvertes musicales, un remède imparable qui remonte le moral.

 

Cette année, on s’est encore gavé. Et vu que c’est bientôt Noël, on vous offre dès maintenant, sans suspens nos trois coups de cœur. Le jeudi : Mitú – Le vendredi : Too Many T’S – Le samedi : Sama’. Mais, on vous conseille quand même de lire l’article parce que des découvertes, le programmateur des Trans en avait plus d’une dans son sac.

 

Jeudi 7 décembre

 

 

L’an dernier Marta Ren & The Groovelvets nous avaient totalement conquis le jeudi soir dans le Hall 3. Un an après, dans le même hall, c’est Tanika Charles, une autre soulwoman, qui prend place sur scène. Le collectif diffuse des sonorités Soul des années 60 mais qui n’ont pas pris une ride puisque ça groove grave. La voix de Tanika Charles est puissante mais on aurait aimé un peu d’instrus à vent pour amener du swing.

 

Notre curiosité nous fait passer dans le hall 4 où de douces sonorités tropicales se font entendre. Ce sont celles du trio colombien El Leopardo qui nous propose une electro colorée et planante. Le synthé et la guitare encadrent les beats électroniques pour nous faire entrer dans une transe hypnotique très agréable. Un véritable voyage tribal.

 

A 23h, il n’y a pas d’autres choix que se rendre sous le Hall 8 pour écouter du son. On va donc jeter un petit coup d’œil à Colombine, le groupe de rap local. Première surprise, le hall est blindé, deuxième surprise, il y a une énorme ambiance car les ados sont déchaînés dans la fosse. Pourtant, de notre coté, on n’y trouve pas notre compte. Nous ne comprenons pas trop l’engouement et on dénote même beaucoup de ridicule dans cette prestation. Un manque de style total chez les membres du groupe, des voix autotunées même lors des dialogues avec le public, une tentative de Circle pit incongrue complètement foirée… Bref, on doit être des vieux cons…

 

Nos oreilles ne sont donc pas mécontentes quand Mitú entre dans le Hall 4 à 23h30. Dans le même esprit que leurs compatriotes de El Leopardo mais sur un rythme beaucoup plus tranchant, le duo propose lui aussi une techno tropicale convaincante. L’alliage de beats electroniques et de percussions organiques fonctionne à merveille. Coté musicalité, la base des morceaux se situe entre cumbia et salsa mais finit bien souvent en techno pure et dure.

 

La soirée continue dans le Hall 3 et c’est maintenant au tour de Lakuta de s’installer. Avec des percus africaines, une session cuivre, une basse, une guitare et des instrus traditionnels, le groupe dispose d’un bel éventail de sonorités. Ses inspirations sont multiples, elles vont des musiques africaines, à la soul en passant par le funk. La voix de la chanteuse manque un peu de coffre mais il y a une belle énergie transmise au public.

 

Cette première soirée se termine toute en extravagance dans le Hall 8 où Kiddy Smile balance son flow sur des musiques house. Vêtus de tenues brillantes, des danseurs et danseuses pratiquent le voguing, une discipline entre danse contemporaine et poses photographiques. Le fervent défenseur de la communauté LGBT, nous offre là une performance délurée loin d’être consensuelle.

 

 

Lakuta

 

Vendredi 8 décembre

 

 

On commence la soirée en douceur dans le Hall 4 avec Ylia. Avec une techno musicale assez douce, l’espagnole chauffe tranquillement le public. Peut-être trop tranquillement. Les rythmes manquent malheureusement de variations pour vraiment nous convaincre. Propre mais pas révolutionnaire.

 

Du rythme, on en veut et bien on va être servi dans le Hall 3 avec OreSkaBand. Les 6 japonaises balancent un ska rock à en faire jumper le public. Les premiers pogos ne mettent pas de temps à arriver. Que ce soit avec leurs propres compos ou avec des reprises déjantées comme celle de Wannabee des Spice Girls, le sextet fait parler la puissance des cuivres. Sur scène, les membres courent et jumpent dans tous les sens. Ce n’est pas révolutionnaire mais ça déménage quand même.

 

A 1h25, on est présent dans le Hall 9 pour voir le vrai phénomène rennais du moment. Champion du monde de beat-box, Saro est une véritable machine à sons. Le spectateur qui débarque et ne fait pas attention ne pourra pas s’imaginer que (presque) tout ce qu’il entend se trouve dans les cordes vocales du beat-boxer. Des cuivres, des voix aiguës, des voix graves, tout type de percussions et même du didgeridoo, voilà ce que Saro, produit, sample et mixe en live. Tout ceci accompagné d’un peu de dub step pour faire lever la foule. Saro nous a livré un live complet. Si vous souhaiter le connaître un peu plus, rendez-vous prochainement sur notre site pour retrouver l’interview que l’on a réalisée plus tôt dans l’après-midi.

 

On reste dans le hall 9 pour écouter Bad Sounds. Dans les rythmes, les coiffures, les pas de danse et les couleurs, tout l’univers pop est représenté. Cependant, très vite on comprend que le groupe en fait plus que ça puisqu’il démontre toutes ses influences. Une belle recette composée de funk, de rock, de rap voire même d’un peu de disco. S’ajoutent à cela, une voix pop acidulée et le flow d’un MC qui forment un combo improbable. La Hall 9 était bien calme alors que cette prestation méritait vraiment le détour. (à 2h30, le public avait peut-être d’autres envies)

 

Techno, Rock, Beat-Box, Pop et pourquoi pas un peu de rap ? Et quel rap ! Celui de Too Many T’S, les plus américains des rappeurs britanniques. On vous résume tout de suite la prestation de ses petits frères des Beastie Boys. Des instrus funky à l’ancienne à base de cuivres, un DJ qui a lui seul pourrait tenir le concert grâce à ses scratchs aux petits oignons, deux flows d’une rapidité extra-planétaire, une assurance scénique qui se traduit par une bonne communion avec le public, un morceau à capella pour montrer que leur rap est musical même sans instrus et une salle comble remplie par un public chaud bouillant qui bouge ses bras de droite à gauche et de haut en bas… Je parle en mon nom (Florent), c’est mon Coup de Coeur des Transmusicales.

 

Il commence à se faire tard quand Feder entre dans le Hall 9. Son electro tintée de house invite au voyage tout autant que sa mise en scène. Son set n’en reste pas moins consensuel et manque d’intensité. Feder se contente d’un « show » propre, dans l’air du temps mais ne prend aucun risque. Sa musique - tout comme les voix des chanteurs - est fade. Bref, un set passable mais sans grande saveur.

 

 

Too Many TS

 

Samedi 9 décembre

 

 

A peine les pieds posés au parc expo qu’on se prend une grosse claque en pleine face dans la Green Room. On vous rassure, le festivalier breton n’est pas violent, c’est la techno minimale de Sama’ qui nous cloue sur place. Impossible de quitter la Green Room tellement on est scotché par la Techno froide et prenante de la Palestinienne. Sama’ c’est la preuve même que la musique n’a pas de frontière. Première DJ de Palestine, elle passera au Liban, en Jordanie, au Royaume Unis pour atterrir au Caire. De passage en Bretagne, elle nous conquis avec une techno minimale très pure qui n’est pas sans rappeler celle de la maîtresse du genre, Ellen Allien.

 

Comme la techno ce n’est pas toujours pareil, on reste dans la hall 4 pour écouter Zamilska. Malheureusement, la polonaise nous livre un set déstructuré, alternant le bon et le moins bon. Les breaks sont trop longs voir même complètement saugrenus. Cela dit, certains passages sont très intenses et cognent sévères à l’image de la fin de set. Une prestation frustrante pourtant remplie par la bonne humeur de la pétillante DJ qui clôture son concert en se jetant dans le public.

 

Ca continue dans la Green Room avec Josey Rebelle. Bon ok, son blase n’est pas très convaincant mais l’important c’est que sa musique le soit. Le set de la britannique est fondé sur des beats techno sur lesquels elle superpose des sons aux multiples influences. On y entend des sonorités funk, jazz, house et disco qui nous charment beaucoup.

 

A 2h30, changement d’ambiance puisqu’on assiste au concert de Viagra Boy. Du punk, du vrai, avec un chanteur torse nu allongé par terre dès le premier morceau, un guitariste à genoux pour des sonorités saturées, pas un sourire sur les visages, une intonation que même les anglophones ne peuvent comprendre, un jet de canette dans le public… Que l’on aime ou pas, les suédois ne font pas semblants.

 

Notre soirée se termine dans le Hall 9 où Rezz est aux manettes. Derrière ses lunettes lumineuses, la canadienne balance de la Dub Step à en faire trembler tous les corps. Son univers sombre et complètement assumé, c’est violent mais ça passe crème. A la sortie, j’entends une jeune spectatrice résumer parfaitement ce que j’ai vu du concert : « C’était vénère mais vraiment cool »

 

 

Rezz

 

 

Encore une fois, on repart des Trans avec plein d’images et de musiques dans la tête. C’était une édition très réussie et riche en diversité. Entre punk, rock, ska, soul, funk, electro et surtout techno. Bien-sûr, on repart avec quelques frustrations. Par exemple, ce mec qui me sort quand j’entre dans un Hall 8 sérieusement blindé « tu as raté le concert de Tshegue, c’était génial ». Mais, on le sait, les Trans c’est un laboratoire et on a de fortes chances de voir ou revoir beaucoup des groupes programmés.

 

Un très grand merci à l’orga des Trans. Si le festival est au top depuis 39 ans, c’est parce que derrière, il y a des gens qui assurent grave. On vous dit à l’année prochaines pour souffler les 40 bougies (même pas peur).

 

Crédit photos : Nicolas Joubard       -     En haut : Lakuta - Au centre : Too Many T'S - En bas : Rezz

 

Par Florent le 18/12/2017

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