Une semaine à Mythos

Mythos

Bertrand Cantat, Camille, Eddy de Pretto, Feu ! Chatterton, Selah Sue, Arthur H, ce sont tous les beaux concerts qu’on a vus à Mythos entre le 13 et le 22 avril. De plus, pour la première fois de son histoire, IF revient sur une pièce de théâtre car Mythos est un festival interdisciplinaire. Du conte, du théâtre, de la lecture à voix haute et des concerts, voilà toute l’étendue des disciplines mises en avant par le festival. Si l’an dernier, l’événement avait ouvert ses portes aux musiques électroniques, le festival est reparti cette année sur ses fondamentaux à savoir la mise en avant de la parole. Pour la partie musicale, un programme varié entre grands classiques de la chanson française et groupes émergents était proposé.


 

Vendredi 13 avril : Eddy De Pretto et Feu ! Chatterton
 

Le festival démarre fort avec un double plateau très alléchant et c’est notamment le kid Eddy de Pretto qui ouvre le bal. En plein succès actuellement, le jeune chanteur originaire de Créteil se démarque par des textes sensibles et métaphoriques. T-shirt blanc et bonnet noir, Eddy de Pretto fait son entrée en toute discrétion. Son phrasé est percutant et il appuie chaque syllabe comme des coups de poing rageurs. Il expulse sa rage par des mots. La musique et la scène deviennent des exutoires. Accompagné par un batteur, Eddy de Pretto balance ses instrus via son I-phone et donne la priorité au texte. L’ambiance monte petit à petit et le public se libère totalement sur les derniers morceaux que sont « Normal » et « la Fête de Trop ». Après un rappel sur « Ego », Eddy quitte le plateau. Il a réussi à toucher le public avec ses morceaux entre rap et chanson. Loin d’être complètement normale, complétement banale, sa performance souffle un vent nouveau sur la scène française.
 

La soirée se poursuit avec les dandys de Feu ! Chatterton. Groupe déjà bien ancré dans le paysage de la chanson française depuis la sortie de leur premier album « Ici le jour (a tout enseveli) ». Ils sont de retour cette année avec « L’oiseleur ». Feu ! Chatterton se caractérise par des mélodies mélancoliques et des textes poétiques forts autour de thèmes variés (l’amour, l’éloignement, la fuite...). Un véritable partage d’émotions comme le texte « Côte concorde » qui plonge la salle dans un silence total, sous des lumières stroboscopiques. Un moment glaçant qui n’aura laissé personne indifférent. Au chant, Arthur Téboul assure le contact avec le public et transmet l’envie de se déhancher. Après le très touchant « A l’aube », le groupe amorce un virage rock qui réchauffe le public puis repart sur des textes plus graves sur des sons de claviers mélancoliques. Les émotions varient donc entre joie et tristesse mais toujours avec délicatesse. Pour clôturer, le groupe termine par le tonitruant « La Malinche » qui retourne le public et clôture un concert excellent. Une sacrée claque !


 

Dimanche 15 avril : Camille

 

Après avoir cartonné avec son album « Le Fil » en 2005, Camille a depuis sorti 3 albums dont le dernier, « OUÏ » l’an passé. Ce dimanche, c’est cachée au sol sous un drap bleu que Camille entonne son premier morceau. La formation musicale est simple, composée de deux percussionnistes, un pianiste et trois choristes. L’éventail vocal de la chanteuse est quant à lui très large puisqu’elle enchaine les variations de tonalités. Le rythme du spectacle monte crescendo, en même temps que la folie dont peut faire preuve Camille. Le drap bleu sert d’outil pour des petites astuces visuelles. Parfois poétique comme sur « Pâle septembre » et à d’autres moments pleine d’humour comme sur « Twix », Camille use de son humour et s’amuse avec son public qu’elle fait monter sur scène pour une danse. Elle passera également dans la foule accompagnée de ses musiciens. Le concert terminera avec plein d’énergie sur le morceau « Ta douleur » avant un rappel pour une chanson collective improvisée en hommage à Jacques Higelin. De la bonne humeur, de l’énergie et un brin de folie, voilà les ingrédients que Camille utilise depuis toujours pour ravir son public.

 

Feu


 

Lundi 16 avril : Bertrand Cantat

 

Cinq ans après son retour avec Détroit, l’ancien leader de Noir Désir était de nouveau sur scène pour défendre son album « Amor Fati ». Si, dans cet album, les mélodies sont moins rock, les paroles sombres, poétiques et engagées restent la marque de fabrique de Cantat. On sent tout de même la touche Noir Désir, sur le très bon titre « Amor Fati » qui vient lancer les hostilités et mettre le public dans l’ambiance. Le calme reprend sa place jusqu’à mi- concert où le morceau « Excuse my french » vient réveiller le public. Dans la foulée, quand les premières notes de « A l’envers, à l’endroit » résonnent, c’est tout un public qui acclame Cantat. S’en suivent quelques titres de l’album « Horizons » du projet Détroit puis une présentation de l’ensemble de l’équipe. Les musiciens sont heureux d’être présents et ça se ressent, le bassiste Pascal Humbert est ovationné à juste titre par le public. Après cette présentation, Cantat revient et régale son public en entonnant l’hymne à la révolte « Soyons désinvoltes ». La température atteint alors son maximum et ça jump de tous les côtés. Après un bref retour au calme pour le beau « Anthracythe », la révolte reprend sur le rappel pour « Un homme pressé ». Si les fans étaient à l’écoute pour découvrir le nouvel album, ils se sont transcendés sur les reprises des titres intemporels de Noir Désir.


 

Mardi 17 avril : Elias Dris et Selah Sue
 

Pour assurer la première partie, Elias Dris nous propose de délicates ballades folks au piano ou à la guitare. La formation musicale est simple puisqu’il est accompagné d’un unique musicien à la guitare électrique. Le jeune homme à l’allure élégante nous emmène dans son univers mélancolique avec douceur et poésie comme sur le très beau titre « Ophélie ». On ne peut s’empêcher de penser à Leonard Cohen tant l’inspiration est évidente.

C’est accompagnée de deux musiciens que Selah Sue fait son entrée. Loin de sa dernière tournée des grands festivals avec une grosse production, elle revient avec une formation plus intimiste composée d’un musicien au piano à queue et d’un violoncelliste. La chanteuse a profité de l’année 2017 qui a vu la naissance de son fils pour se reposer et trouver de nouvelles inspirations. Elle profite donc de cette tournée pour nous faire découvrir de nouveaux titres pas encore enregistrés. Paraissant apaisée, Selah Sue utilise sa voix puissante pour toucher le public. Quand elle entonne « So this is love » sous le chapiteau, elle nous fait traverser l’atlantique pour nous transporter dans un club de soul américain. Ensuite, c’est seule sur scène qu’elle interprète le puissant « Fyah fyah ». Avec sa voix rauque et éraillée, la jolie belge captive et envoûte le public. Le groupe quitte le plateau et Selah Sue revient en solo pour interpréter quelques titres dont « Raggamufin » très attendu par le public. Pour ce rappel, la chanteuse nous montre son flow reggae/ragga à la fois rapide et puissant qui n’a rien à envier aux grands reggaemen jamaïcains. Pétillante et touchante, Selah Sue nous a livré un concert sobre et intimiste très séduisant qui a clôturé une belle journée d’avril ensoleillée.

 

Selah Sue


 

Mercredi 19 avril – Arthur H
 

C’est dans un véritable four qu’Arthur H vient nous présenter son dernier album « Amour chien fou » car à la surprise du trio de musiciens et du public, il fait une chaleur étouffante en Bretagne. Derrière son piano et ses lunettes de soleil, le fils de Jacques Higelin commence son concert par un hommage à sa famille avec son titre « Brigade Légère ». L’émotion s’empare de la salle dès la fin de ce premier morceau où de forts applaudissements se font entendre pour rendre hommage à Jacques Higelin. Après quelques morceaux dynamiques qui font fondre les spectateurs, Arthur H nous présente plusieurs chansons plus douces, des histoires musicales poétiques et métaphoriques comme « La dame du lac » ou encore « Lily Dale ». La chaleur étouffante ne ramollie pas pour autant le public qui donne la réplique au chanteur sur « Est-ce que tu aimes ? ». Ensuite, c’est avec beaucoup d’humour qu’Arthur H nous fait passer par New York et Tokyo avant de chanter « le destin du voyageur ». Il offre ainsi à son public un moment d’évasion. Le concert se termine sans rappel avec le très beau morceau « Le baisée de la lune » avec un regard vers le ciel. Tout ceci sous l’ovation des spectateurs. Arthur H nous a livré un spectacle intimiste plein d’humour et d’émotion.
 

 

Jeudi 20 avril – Illusions par la Cie Ostinato
 

L’histoire évoque deux couples d’amis octogénaires qui ont gardé de grands secrets durant toute leur vie. C’est maintenant, sur leur lit de mort, qu’ils se décident enfin de tout s’avouer. Le décor est original puisque la scène est entourée de gradins au milieu desquelles une grande table a été dressée. A cette table, quatre comédiens mais aussi plusieurs spectateurs qui se retrouvent convives d’un soir. Le texte comprend quatre personnages et la compagnie quatre comédiens mais, il n’y a pas de rôle attribué pour autant, ce qui rend la mise en scène originale. Il s’agit plutôt d’une histoire à la fois jouée et contée où chaque comédien a sa petite anecdote sur chaque personnage. Le texte évoque l’amour et les différentes idées que l’on peut s’en faire. Doit-il obligatoirement être réciproque ? Le sujet est traité de manière sarcastique avec beaucoup d’humour noir. Osé mais touchant.

 

Ambiance

 

Dans le très beau décor du Parc du Thabor à Rennes, nous avons assisté à de superbes concerts. Le Cabaret botanique était plein à craquer tous les soirs. Un grand succès donc pour cette 22ème édition. Merci à l'organisation pour l'accueil.

 

Crédit photos : Ph Remond, Elodie Le Gall et Nico.M

 

Par Florent le 25/04/2018

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