- May Zarkout
Foreztival 2025 : l’éclectisme en pleine nature à Trelins
Foreztival 2025 à Trelins : trois jours de musique éclectique, du reggae au punk, dans une ambiance conviviale et naturelle. Public joyeux, prix accessibles, prévention au top et… pas de cashless ! Retour sur une édition mémorable.
Le plus gros festival de la Loire
Direction l’Auvergne-Rhône-Alpes, à mi-chemin entre Lyon, Clermont-Ferrand et Saint-Étienne. Dans la ville de Trelins se niche le plus gros festival de la Loire, celui qui manie l’éclectisme comme personne. Après une année 2024 pleine d’émotions et de mauvaises surprises – causés par des annulations d’artistes qui ont pris l’organisation de court – le grand retour était attendu. Et il a eu lieu, avec 43 000 festivaliers·ères réunis sur ce premier week-end d’août, sourire aux lèvres et envie de fête.
Dès l’entrée, les yeux s’écarquillent devant le site : trois scènes disposées sur un axe triangulaire, des stands de boissons et de restauration bon marché, mais peu d’options végétariennes. Pas de galette-saucisse ici, mais la tartifourme, recette emblématique du territoire, cuisinée longuement sur un plat géant. On salive… jusqu’à la première bouchée, où la quête désespérée d’un goût de bleu se transforme en légère déception. Heureusement, les autres stands comblent rapidement notre appétit.
Presque au centre, la boutique attire la foule avec son merchandising et ses maillots de foot stéphanois à l’effigie du festival, pour un montant de 55€. Un souvenir qui parle autant aux locaux qu’aux amateurs de ballon rond. À l’entrée, un chapiteau se distingue : “Le Bazar”, petit tremplin festif où arts de rue, blind tests et jeux farfelus s’animent du matin au soir.
Prévention, humour et esprit collectif
La prévention est partout : affiches, stands… et même, à notre grande surprise, plusieurs festivaliers vêtus de robes ou jupes féminines. On ne sait pas exactement comment le message s’est transmis, mais l’effet est réussi : brouiller les repères, casser les tabous, et peut-être faire réfléchir deux ou trois énergumènes qui se croient “en chasse”. La nuit tombée, difficile de deviner qui est qui. Une bonne blague collective et un rappel que les festivals peuvent aussi être des espaces de solidarité et de respect.
Les bénévoles s’activent autour du recyclage, débordés par les barquettes de pizzas qui s’entassent. Malgré la tension, l’énergie collective est au maximum. Depuis sa création en 2005 par des étudiants, le Foreztival a grandi, fédérant aujourd’hui 15 salariés·es, 750 bénévoles et 90 organisateurs·rices bénévoles. Ici, la solidarité n’est pas un slogan : elle se vit.
Vendredi : du reggae, des sirènes et… Poésie Zero
En début de soirée, Israel Vibration entre en scène devant un public encore en phase de déconnexion. Wiss, en chaise roulante puis sur ses béquilles, est accueilli par une ovation. “I’m gonna sing the same song” résonne comme un bonheur jamaïcain intemporel entre montagnes et vignes françaises.
Changement radical avec Maureen, qui nous emmène dans les Caraïbes avec une tenue bleu ciel à paillettes et un remix shatta de “La Reine des Neiges”. Entourée de danseuses et musiciens, elle chauffe le public, même sous les seules grosses gouttes de pluie du week-end.
Sans transition et parce qu’il est bon de vivre la force de l’éclectisme au Foreztival. La puissance du punk se réveille sur la scène Magma. Poésie Zero commence son concert de merde. Un message droit dans le cœur pour celles et ceux qui arrivent encore à les comprendre. En toute sincérité, on s’est carrément ennuyé face à ses trois musicos qui n’ont même pas de batteur. Le public n’a pas cessé de se bousculer et de se porter les uns les autres. On a même eu le droit à un costume de rat tout cracra, un cafard géant dégueulasse et une chorée improvisée à la pokémon sur Technoflic. En plus, ils ont dit que le fascisme c’est mal et il y avait même un symbole anarchiste.
Bien revigorés et de retour sur la scène principale, le néo-post-punk électro de Kompromat rentre en action. Un live qui nous avait déjà retournés à Beauregard, forcément les souvenirs piquent encore un peu. Sur scène, Kompromat, c’est cette tension fragile entre improvisation et structure. Mais ce soir, la structure prend trop le dessus, trop visible pour qu’on se laisse happer par l’imprévu. Alors quoi ? Un concert qu’il ne fallait voir qu’une fois, ou au contraire un lâcher-prise à réinventer, mémoire effacée ? Ce soir, on n’est plus vraiment dans le “Playing”, plutôt dans le “Praying”*, coincés entre les bruits blancs des synthés de Rebeka Warrior et Vitalic.
*Playing/Praying : deuxième album de Kompromat sortie en 2025
Samedi : l’attente, l’excitation et le grand retour de Dub Inc
C’est Biga Ranx qui rallie les foules. Son univers graphique et musical s’impose d’emblée : palmiers et amplis façon soundsystem plantent le décor. Sur scène, il est entouré d’un batteur, d’un joueur de ukulélé, et de cet autotune qu’il assume à fond. Le reggae de Biga Ranx est fusionnel, il rassemble sans forcer. On se sent bien, porté par une énergie conviviale qui traverse les générations. Le public du Foreztival s’y engouffre tout entier, et ce moment reste gravé dans les cœurs. Entre classiques comme My Face, Liquid Sunshine, Beaucoup, Petite Marie, et des extraits de son nouvel album Rainshine, Biga Ranx envoie un set généreux, autant dans la musique que dans les messages adressés à son public.
Les Zoufris Maracas enchaînent avec leurs chansons engagées, invitant à lâcher les portables pour profiter de l’instant. Entre chanson française, musique manouche, zouk ou cumbia, difficile de résister à la danse avec des titres comme J’aime pas travailler, Gamin, Et ta mère.
Le moment tant attendu du festival est arrivé : Dub Inc, en terre locale, à domicile. L’émotion des retrouvailles est magistrale suite à leur annulation en 2024. Dès les premières notes, chaque refrain est repris à l’unisson : 18 000 voix qui connaissent par cœur chacune de leurs chansons. Avec Décibels, dédié à ceux qui les suivent depuis toujours, les Stéphanois confirment leur place de groupe phare du reggae international tout en restant profondément attachés à leurs racines. Pas besoin de fioritures, leur énergie est brute, sincère, communicative. Le public vibre jusque sur Djamila, fredonnée en arabe par toute la foule, moment rare et émouvant. Après Rudeboy, le concert se clôt sur Il le faut, encore méconnu et déjà adopté comme un hymne. Un grand moment de communion, gravé à jamais dans l’histoire du Foreztival.
Lâcher prise total : hurler des paroles débiles, brandir des doigts de métal et se marrer comme des gosses. Ultra Vomit transforme le sérieux du métal en parodie géante : tapis rouge kitsch, poteaux dorés et riffs lourds sur des textes absurdes. De Évier Metal à Kammthaar, en passant par les nouveaux E-tron (digital caca) ou GPT (à l’instant), le groupe balance ses hymnes absurdes repris en chœur par le public. Point d’orgue : Andreas Martin en empereur des canards sur Je collectionne des canards (vivants). Mouss de Mass Hysteria, absent mais célébré, trône par procuration via des masques à son effigie. Dans la fosse, entre canards, tenues japonaises et costumes improbables, pas besoin de “Wall of Chiasse” : Ultra Vomit offre un exutoire, un grand défouloir métal où l’absurde devient fédérateur. Avant le concert, nous avons pu avoir un moment d’échange avec le groupe à retrouver juste ICI !
Dimanche : un final éclectique
En début de soirée sur la grande scène Monts, Mc Solaar se fait discret. Ce sont ses musiciens et choristes qui prennent le relais, le chanteur des chœurs échange avec le public, laissant à l’artiste le temps d’émerger. Progressivement, Mc Solaar atterrit pour livrer un set d’une heure trente, interprétant plus d’une vingtaine de titres de sa discographie et adressant, au fil du concert, des messages à Trelins. Bambi Cruz rejoint même la scène pour une interprétation de Ouvre les yeux, avant que Mc Solaar ne reprenne les commandes avec ses morceaux cultes. Le set monte crescendo, de Qui sème le vent récolte le tempo à Bouge de là et Dingue. Éloigné de la fosse, on entend parfois le public chantonner ou appeler “Caroline”, un prénom directement lié à l’artiste et son titre célèbre, aussitôt repris lorsque les premières notes résonnent. Le concert se conclut sur Hasta la vista, laissant des ondes presque disco flotter sur Dingue et une impression durable de communion avec le public.
Pendant ce temps, sur la scène Magma, une énergie électro s’embrase. Il est 19h et le ciel d’été brille encore au-dessus du festival. La DJ et productrice Tam.K met le feu à la scène avec un sourire contagieux, captivant immédiatement le public. Elle signe cette prestation en tant que carte blanche de l’association GIDDY’UP, basée à Saint-Étienne, qui s’occupe de la prévention contre les violences sexistes et sexuelles pendant le festival. Avec sa techno house bien ficelée, Tam.K réveille les premiers pas de danse de la soirée et met tout le monde dans l’ambiance.
Lunettes de soleil, bottes et tenue noire, entourée de deux musiciens – batterie et table de mixage –, Adèle Castillon fait surgir les souvenirs d’adolescence, des premiers émois et des amourettes naïves. Elle partage ses titres face à un public majoritairement jeune, avec des morceaux issus de son album Plaisir Risque Dépendance et de son dernier EP, fraîchement sorti cette année, Crèvecoeur. Ses paroles sur fond électro pop captivent et touchent tous les âges. Elle offre également une reprise à sa façon de Désenchantée de Mylène Farmer. Sans oublier son ancien titre de Videoclub, Amour Plastique, repris en chœur par le public, avant de descendre de scène pour poursuivre la chanson au plus proche de ses fans. Elle conclut son set sur une note positive avec Impala, laissant derrière elle une foule sous le charme.
Enfin, Sofiane Pamart prouve qu’un piano à queue peut surprendre et animer un festival, qu’il n’est pas réservé à un registre plus classique et officiel. Derrière lui, un écran géant et un jeu de lumière personnalisé dessinent une vingtaine de cercles alignés sur le fond de scène, complétés par des lignes de LED. Une voix off annonce son nom avant qu’il ne pénètre sur scène, imposant immédiatement son aura internationale et sa maîtrise des codes des grands shows à l’américaine.
Durant tout le concert, Sofiane Pamart ne va pas s’adresser une seule fois à son public, en tout cas pas verbalement. L’artiste est muet comme un mime, seul l’art et l’instrument sont à l’honneur. Ses gestes, ses regards derrière les lunettes, ses interactions avec le batteur qui le rejoint ponctuellement, et les images captées par les caméras offrent un spectacle silencieux mais d’une expressivité totale. La caméra suit ses mains, ses expressions, parfois le public, mais toujours avec respect et discrétion. Aucun zoom impromptu sur des membres du public bravant leur vie secrète n’est survenu.
Le set mêle sessions acoustiques et interventions électro : La Havane, Medellin, puis un solo de batterie avant le retour de Sofiane Pamart, blouson changé du mauve au bleu électrique, pour interpréter Invisible, réalisé en duo avec NTO. Un show audacieux, précis et poétique, où chaque détail — lumière, son, regard — contribue à créer un moment unique, mémorable et profondément immersif.
Une édition réussie et pleine de promesses
Malgré la pression de bien faire, le Foreztival 2025 a tenu toutes ses promesses : un public joyeux et respectueux, une programmation éclectique séduisant toutes les générations, des prix accessibles sans cashless, et une attention constante à la prévention. Seule petite remarque : la restauration et les stands pourraient davantage miser sur le développement durable et les produits locaux.
Rendez-vous les 31 juillet, 1er et 2 août 2026 pour la 20e édition.
Merci au Foreztival pour ces moments de musique, de partage et de joie pure.
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