- May Zarkout
Baromètre Info Festival 2025 : un secteur culturel à bout de souffle, mais résolument engagé
Le Baromètre Info Festival 2025 donne la parole à 100 organisateur·rice·s de festivals. Leurs témoignages révèlent un secteur sous pression : finances tendues, pénurie de bénévoles, billetterie imprévisible et difficultés à trouver des prestataires. Une plongée dans les réalités et les défis d’un écosystème culturel en mutation.
Méthodologie
Ce baromètre a été réalisé entre le 15 et le 31 janvier 2026 auprès de 100 organisateur·rice·s de festivals, majoritairement issus du secteur musical. La collecte des réponses s’est appuyée sur plusieurs canaux complémentaires : diffusion par email auprès de la base festivals d’Info Festival, relais via LinkedIn et la newsletter Info Festival, ainsi qu’un travail de mobilisation en amont des Biennales de Nantes 2026. Cette approche multicanale a permis de toucher un large spectre d’organisateur·rice·s, des petites structures associatives rurales aux événements de plus grande envergure, et d’obtenir un échantillon représentatif du tissu festivalier français.
Un tissu diversifié, des défis partagés
Le paysage festivalier révélé par ce baromètre est à la fois pluriel et traversé par des tensions communes. Les répondants sont les équipes organisatrices de festivals, majoritairement issues du secteur musical. Avec 100 réponses recueillies, ce baromètre repose sur une base de terrain solide : il donne la parole à celles et ceux qui font vivre les festivals au quotidien.
Près de 70 % des festivals répondants sont implantés en territoire rural, et environ 70 % accueillent moins de 5 000 festivalier·ère·s par jour. Mais les difficultés identifiées ne s’arrêtent pas aux petites structures. Qu’un festival soit associatif ou professionnel, rural ou métropolitain, de taille humaine ou à plus forte jauge, les mêmes signaux d’alerte reviennent : pression financière, billetterie incertaine, équipes épuisées, et manque d’outils mutualisés.
Ce qui ressort nettement, c’est que le secteur dans son ensemble manque de stabilité, de lisibilité et de ressources partagées. C’est précisément ce que Info Festival cherche à adresser, pour tous les festivals qui font vivre la culture sur les territoires.
Une pression économique devenue structurelle
Le signal le plus net de l’étude est économique. Environ 40 % des festivals ont vu leur budget augmenter par rapport à l’édition précédente, sans que les recettes suivent. Près d’un festival sur deux se déclare déficitaire, tandis qu’à peine 10 % sont excédentaires.
Le niveau de tension moyen se situe autour de 7/10, avec de nombreux répondants à 8, 9 ou 10. Lorsqu’on interroge l’origine de cette tension, la réponse est sans ambiguïté : les finances sont citées par environ 75 % des festivals, loin devant la billetterie (30 %) ou les ressources humaines (23 %).
Les cachets artistiques cristallisent cette pression. Plus de 50 % des festivals déclarent qu’ils ont fortement augmenté, et plus de la moitié à qualifier la programmation de « plus difficile qu’avant ». Un répondant le résume ainsi : « On doit avoir des têtes d’affiche pour faire venir un public de plus en plus exigeant, qui ne paye plus pour découvrir de nouveaux artistes émergents. » Les verbatims libres sont éloquents : artistes qui « doublent ou triplent leurs cachets d’une année à l’autre », « surenchère indécente », impossibilité croissante de proposer une affiche ambitieuse sans répercuter la hausse sur le prix du billet.
En parallèle, les subventions ne suivent pas la courbe des coûts réels. Comme l’écrit un répondant : « Les coûts d’organisation sont extrêmement élevés et les subventions ne font que baisser, on se retrouve obligé de faire appel à des mécènes externes, souvent des fondations d’entreprises qui ne correspondent pas aux valeurs du festival, pour survivre. » Toutes les charges explosent (technique, sécurité, cachets, SACEM) pendant que les aides publiques stagnent ou reculent. Cette pression est structurelle, pas conjoncturelle.
Info Festival agit sur ce terrain en développant une meilleure visibilité des artistes et de leur dynamique territoriale, pour éclairer les décisions de programmation et limiter les prises de risque excessives. À terme, l’ambition est de construire, main dans la main avec les acteur·rice·s du secteur, des outils permettant de mieux articuler l’offre artistique et les besoins des festivals, selon les territoires, les périodes, les projets ; avec en filigrane une logique de bon sens : rapprocher les festivals des artistes déjà en tournée dans leur région, pour réduire les trajets et l’impact écologique. L’objectif n’est pas de remplacer l’intuition artistique, mais de réduire l’incertitude économique et environnementale.
La billetterie tardive : une incertitude qui fragilise la trésorerie
Environ 65 % des festivals constatent que les achats se font désormais au dernier moment. Cette évolution modifie profondément la gestion financière : les projections deviennent fragiles, la trésorerie se tend, et l’angoisse monte à mesure que l’événement approche.
Le remplissage global est contrasté : un tiers en dessous de 70 %, un tiers entre 70 et 90 %, un tiers complet. Ce dernier groupe reste minoritaire et souvent lié à des contextes très spécifiques : festivals bien installés, forte notoriété, jauge maîtrisée.
Dans ce contexte, la communication écrite apparaît moins comme un levier stratégique que comme une contrainte opérationnelle. Si 80 % des festivals citent les réseaux sociaux comme canal principal, 70 % jugent la production de textes (site, bilans, dossiers…) chronophage. Ce décalage souligne une réalité structurelle : exister dans un environnement informationnel dense suppose une formalisation écrite continue — pages web, dossiers, comptes rendus — qui mobilise un temps que les équipes, souvent bénévoles, peinent à dégager. La visibilité ne disparaît pas ; elle se transforme en charge de rédaction permanente.
Info Festival répond à cet enjeu en jouant un rôle d’agrégateur et d’amplificateur. En centralisant l’information festivalière et en facilitant le référencement territorial sur info-festival.net, la plateforme permet aux festivals de gagner en visibilité sans multiplier les efforts individuels ; une heure gagnée ici, c’est une heure rendue à l’organisation.
L’épuisement humain : le risque silencieux
C’est peut-être la bombe à retardement la plus discrète du sondage. Deux signaux convergent.
Les équipes sont épuisées. Quand on demande l’état des équipes organisatrices, environ 55 % répondent « fatigué » ou « en tension », et environ 15 % disent « en épuisement ». Les verbatims le confirment : « la passion et le bénévolat ne sont pas inépuisables », « une aventure de bénévoles qui vieillissent ».
Le recrutement de bénévoles se tend en parallèle. Près de 40 % des festivals déclarent que c’est « plus compliqué qu’avant », et environ 10 % jugent la situation « critique ». C’est cohérent avec un phénomène sociétal plus large, le rapport au bénévolat évolue, mais aussi avec la charge croissante pesant sur des équipes confrontées à une réglementation toujours plus exigeante.
Un festival qui disparaît ne le fait pas toujours pour une raison financière seule. C’est souvent l’épuisement des porteur·se·s de projet qui précipite la décision. Ce capital humain mérite d’être reconnu et protégé en tant que tel.
Dans cette perspective, la simplification devient un enjeu central. Info Festival contribue à réduire le temps consacré à la recherche de prestataires ou d’informations fiables, et travaille à construire progressivement un espace d’entraide entre festivals comparables.
La plateforme ouvre également une piste concrète sur la question du bénévolat : les visiteur·se·s d’Info Festival ne sont pas un public passif. Ce sont des festivalier·ère·s engagé·ée·s, curieux·se·s du secteur, qui viennent activement chercher des événements qui leur ressemblent. Cette audience naturellement affinitaire représente un vivier de bénévoles potentiels ; des personnes déjà motivées, déjà dans l’univers, et en capacité de postuler directement auprès des festivals via la plateforme.
L’enjeu n’est pas seulement économique, il est humain : redonner du temps aux équipes.
Données & outils numériques : un secteur festivalier en transition
Le rapport aux données est encore très hétérogène. Environ 35 % des festivals ont un outil structuré de centralisation, ~50 % gèrent de façon partielle, et ~20 % ont tout dispersé.
Les données servent surtout à la billetterie et à la communication, des usages opérationnels immédiats. Elles sont beaucoup moins mobilisées pour la programmation ou l’analyse stratégique. Environ 60 % des décisions de programmation restent intuitives ou basées sur l’expérience, « un mélange » étant la réponse la plus fréquente.
Les outils spécialisés en analyse de programmation sont peu utilisés : seulement 14 % les emploient régulièrement ou ponctuellement, et 22 % se déclarent intéressés sans y avoir encore recours. La majorité 66 %, ne les juge pas prioritaires, freinée probablement par le coût et le temps de prise en main.
Un autre signal mérite attention : les bilans et rapports de subventions sont cités comme l’usage prioritaire des données, ce qui révèle que la charge administrative imposée par les financeurs eux-mêmes consomme une part significative de l’énergie des équipes.
Info Festival se positionne sur cet axe en cherchant à rendre la donnée simple, lisible et actionnable, sans complexifier le quotidien. L’objectif n’est pas de techniciser à outrance, mais d’apporter un appui à la décision proportionnée aux moyens réels des festivals.
Un écosystème professionnel à structurer
Trouver le bon prestataire reste un vrai parcours. Environ 40 % jugent cela « faisable mais long », ~10 % « difficile » et près de 40% « dépend du réseau ». Seule une minorité trouve la démarche simple. Les recommandations entre pairs restent le canal dominant (~90 %), devant la recherche en ligne (~50 %).
La dépendance aux mêmes prestataires en découle logiquement : 65 % des festivals répondants travaillent « toujours avec les mêmes », et 15 % admettent avoir « choisi par défaut ». Ce n’est pas un problème en soi, mais cela traduit un manque de visibilité sur l’offre existante et un risque évité par manque de temps pour explorer.
Les attentes pour facilité leur recherche par un écosystème sont claires : des prestataires qualifiés (~50 %), avant la mutualisation ou le gain de temps.
C’est ici que la logique d’écosystème portée par Info Festival prend tout son sens. Via l’espace pro de la plateforme, festivals et prestataires peuvent se connecter dans un espace structuré, qualifié et territorialement pertinent ; pour gagner du temps, réduire le risque et renforcer la professionnalisation du secteur.
Lecture globale du baromètre
Ce diagnostic fait émerger une conclusion claire : le secteur ne manque ni d’engagement ni de créativité. Il manque de stabilité, de lisibilité et d’outils mutualisés.
Info Festival ne prétend pas résoudre la question budgétaire structurelle. En revanche, la plateforme agit sur trois leviers concrets :
- Réduction de l’incertitude : meilleure visibilité des artistes, aide à la décision, données accessibles.
- Gain de temps pour les équipes : agrégation de l’information, mise en relation directe avec les prestataires, réduction des recherches dispersées.
- Structuration d’un écosystème professionnel plus lisible : un espace où festivals, prestataires et festivalier·ère·s se trouvent, se reconnaissent et collaborent.
Dans un contexte où les festivals constituent un pilier du maillage culturel et touristique des territoires, soutenir des outils de mutualisation comme Info Festival, c’est soutenir indirectement les centaines d’initiatives locales qui font vivre la culture partout en France.
Les chiffres clés à retenir du baromètre Info Festival 2025
- 7/10
Niveau de tension moyen déclaré par les organisateur·rice·s - 75 %
Des festivals citent les finances comme première source de tension - 60 %
Des festivals déficitaires (malgré des budgets en hausse) - 70 %
Des équipes à bout de souffle - 65 %
Des billets achetés au dernier moment
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